Sale temps pour la culture, et les choses ne semblent pas vouloir s’arranger. La ministre Roselyne Bachelot n’a t-elle pas déclaré, encore récemment, qu’il serait « totalement irresponsable de donner une date » de réouverture des lieux culturels ? Pourtant, à Tarbes, le théâtre des Nouveautés et le musée Massey se sont récemment « déconfinés », le temps d’accueillir le tournage d’un clip intitulé « La place qu’elle mérite ». A la réalisation, le jeune vidéaste Clément Godet, et devant la caméra, la danseuse Charlène Convers…
Naturellement, quand on a vu passer l’information dans la presse locale, on a voulu comprendre de quoi il était question. La Dépêche du Midi, rapportant l’initiative, titrait : « Deux artistes bigourdans au secours de la culture ». Destination Vimeo, pour voir de quoi il en retournait…
Comme au théâtre, avant que le show ne commence : noir. Grésillements de radio, quelques mots d’un discours présidentiel, bribes d’annonces journalistiques, mauvaises nouvelles qui tombent… Pas de doute : « nous sommes en guerre ». Dans le couloir étroit et sombre d’un appartement, une danseuse, non sans lassitude, essaie de faire ce qui, normalement, l’anime : elle danse. Les temps l’en privent : qu’importe. Il suffit parfois de fermer les yeux pour se projeter vers un autre destin…
La lumière s’éclaire. Même danseuse, robe de diva, ambiance toute autre. Nous sommes dans le vestibule du Théâtre des Nouveautés, vide de tout visiteur ; Vivaldi résonne. Champ libre pour une danse libérée des restrictions, libérée de ce qui, en ces temps de pandémie, l’empêche. Le public n’est pas là, mais la scène est ouverte, et la danse se déploie. Elle se poursuivra dans la salle des portraits du Musée Massey, devant des spectateurs peints à l’huile, muets et impassibles. Clap de fin, un message : « Rendons à la culture la place qu’elle mérite ».
Il est clair que Charlène Convers et Clément Godet avaient un message à faire passer. Elle, est une ancienne élève de l’école de danse Tempo, où elle dispense désormais des cours chorégraphiques en sa qualité de professeure de jazz, suivant en semaine une formation au Centre Chorégraphique James Carlès (Toulouse) pour obtenir également le diplôme de professeure de Street Jazz. Lui est vidéaste, auto-entrepreneur depuis quelques mois, divisant son travail entre communication d’entreprise et réalisations de vidéos pour des amis artistes. Charlène et Clément se connaissent depuis leurs années collège. Ils signent, avec ce clip, leur cinquième collaboration.
« Au début, on avait surtout l’idée de tourner un clip dans de beaux lieux de culture, explique Clément. On a commencé à y travailler en septembre, à un moment où le problème Covid était moins présent. C’est en avançant dans le temps que l’on s’est rendu compte que l’actualité nous rattrapait…» ; « Il y avait déjà, tout de même, un message, tempère Charlène. Rien de forcément politique, mais l’on avait besoin de dire qu’il ne faut pas oublier que la culture est belle, que les artistes sont là, et que tous ceux qui travaillent dans le monde du spectacle doivent être soutenus. »
Plus tard dans notre conversation, Clément utilisera l’expression « bouffée d’air frais » : elle nous semble, au Mag, particulièrement à-propos. Le monde de la culture, c’est certain, risque d’avoir du mal à se relever de la crise qui l’étouffe. Si, économiquement, les difficultés s’annoncent grandes, le clip aborde aussi, selon les mots de Clément, un drame dont on parle moins : le manque. Le public manque aux artistes, les artistes manquent au public. Le débat, d’ailleurs, agite le gouvernement : lequel se demande régulièrement si ce manque relève d’un besoin « essentiel », sans avoir encore, apparemment, jugé que c’était le cas.
Alors, oui, les artistes ont fait ce qu’ils ont pu, depuis des mois, pour ne pas démériter, notamment grâce à Internet. Ils ont été créatifs, ils ont été courageux, ils ont été novateurs. Mais ils ont du se tenir, à de rares exceptions près, loin de leur public. Charlène : « J’ai un peu de mal à comprendre pourquoi on n’arrive pas à réouvrir les théâtres et les musées alors que plein d’autres lieux sont ouverts, et qu’on arrive à le gérer. Ce clip, ce n’est pas vraiment une revendication, c’est une question que l’on pose. » On répondrait volontiers : il n’y a pas de mauvaises questions. Il y a, en revanche, des raisons d’être inquiet. On souhaite donc, avec tous les artistes et tous les travailleurs du monde du spectacle, avec Clément et Charlène que ne vienne bientôt la fin de cet entracte prolongé. Et surtout, qu’il ne finisse pas par se transformer, du fait de la pandémie, en un définitif baisser de rideau…
Voir le clip sur vimeo : « La place qu’elle mérite »
www.vimeo.com/494971130
Suivre Charlène et Clément sur Insta : @gdtclem @charlene_cnvrs